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Portrait

Prix Jean Renoir

Vincent Philippe Proviseur Cité scolaire Jean Renoir – Bondy (93)

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Interview

n°113 - Mars 2012





Elèves menuisiers au fil de l’eau

La péniche Walde

Au lycée Jacques Brel de Choisy le Roi, une équipe d’enseignants a porté, durant 4 ans, un projet né d’une rencontre : celle de l’association « Au fil de l’eau », (association loi 1901 qui milite pour un accès à tous aux voies d’eau, pour un tourisme fluvial solidaire et durable, en protégeant le patrimoine historique et naturel, sans oublier la dimension humaine, au travers d’actions innovantes, telles que la navigation douce ou le passeur de rives), et d’un chef d’établissement scolaire impliqué dans la vie locale, Jean Noël Bernard.

En 2007 en effet, l’association « Au fil de l’eau » cherchait le moyen d’assurer, à moindre coût, l’aménagement intérieur d’une de ses péniches : « La Walde » ; le Proviseur du lycée, convaincu quant à lui de la nécessité de proposer des challenges valorisants à des élèves en difficulté scolaire, saisit l’opportunité qui se présentait : plusieurs groupes d’élèves, de niveaux différents, allaient se succéder durant quatre ans, et participer à ce chantier grandeur nature, dont la réalisation s’est terminée en janvier 2012.

Les professeurs de menuiserie responsables du projet, Sandrine Augé et Pierre Videlaine, se souviennent de leurs impressions initiales : « Lors de notre première visite, l’intérieur de la péniche était très encombré et difficilement accessible, la charpente métallique, à nu, accentuait l’aspect délabré du bateau ; nous nous sommes posé beaucoup de questions quant à la viabilité d’un tel projet, avant de décider d’accepter le challenge : si l’expérience était tentante, c’était aussi une véritable aventure technologique car nous n’avions jamais été confrontés à certaines problématiques techniques ; de plus, la réalisation d’un tel projet impliquait d’abandonner les schémas pédagogiques habituels : tout était à faire ! »

Le projet technique, qui consistait en la transformation d’une péniche de transport en espace d’accueil et de formation, a été conçu et réalisé par des élèves de Bac Professionnel « Technicien Menuisier Agenceur » (1re et Terminale), ainsi que des élèves de 1re année CAP menuiserie, encadrés de deux professeurs de menuiserie. Les élèves, après avoir participé aux réflexions et aux choix de conception, ont travaillé sur les plans et les documents techniques. Pour habiller les parties verticales de la coque, l’option d’un habillage mixte panneaux de particules/bois massif de la coque métallique a finalement été choisie. La préfabrication des différents éléments avait lieu sur les plateaux techniques du lycée ; la pose sur la péniche devait, pour permettre un travail structuré, se dérouler sur des journées complètes, ce qui a nécessité des aménagements de l’emploi du temps des élèves.

Elèves sur la péniche

Dans un deuxième temps, l’association a souhaité compléter l’habillage de la coque jusqu’au plafond, comprenant des difficultés techniques particulières comme le coffrage de plinthes ou de parties biaises. Après deux ans de travaux, la réfection des sols devenait indispensable, et la pose d’un parquet en bambou a été décidée. Pour finir, le projet s’est conclu par l’aménagement d’une deuxième petite salle dans laquelle les élèves de Bac Professionnel ont conçu, fabriqué et posé un bar et des tables hautes.

Les enseignants tirent un bilan très positif de l’expérience pédagogique menée : pour Sandrine Augé et Pierre Videlaine : « au-delà des savoirs et des savoir-faire techniques, l’organisation des élèves en équipes, chacune responsable de sa tâche depuis la prise des dimensions jusqu’à la pose finale (un élève de baccalauréat professionnel et un ou deux élèves de CAP) a accéléré, par rapport à une situation en centre de formation, la capacité de nos jeunes à prendre des responsabilités ; les problématiques relationnelles ont été abordées dans un contexte proche des réalités en entreprise : comment animer une équipe pour les élèves de Bac Pro, comment communiquer entre opérateurs, mais aussi avec les concepteurs (enseignants), telles étaient les questions ; les échanges avec le maître d’œuvre (l’association) ont également été l’occasion de prendre conscience des contraintes budgétaires et des obligations en matière de sécurité ; aussi, les problématiques techniques rencontrées ont été l’occasion de développer, chacun à son niveau, une créativité et des capacités d’adaptation pour proposer des solutions adaptées.

Sur le plan psychologique, les élèves ayant participé au projet manifestent, aujourd’hui encore, un attachement important et une reconnaissance à notre égard : chaque fois que nous sollicitons leur participation (journées Portes ouvertes, soirées…) ils sont présents ; ces liens de respect mutuel sont à rapprocher des relations entre « compagnons » traditionnellement développées dans le bâtiment ; de plus, les visites régulières du chantier par des adultes de l’établissement (enseignants, Proviseurs, …) ont été un moment privilégié où le dur labeur devenait occasion de satisfactions : le jeune jusqu’alors en désamour avec l’école se métamorphosait en élève fier de présenter l’œuvre collective à laquelle il participait.

Travail préparatoire au lycée

Travail dans la péniche

Cette première forme de valorisation a été confirmée par des récompenses : à l’issue de la première phase de travail, les élèves ont eu l’honneur de recevoir le 1er prix de l’AFDET 2009 (Association Française pour le Développement de l’Enseignement Technique) ; l’association « Au fil de l’eau » a par ailleurs organisé plusieurs séjours et sorties en bateau pour remercier les adolescents ; ces marques de reconnaissance ont, nous l’espérons, contribué à renforcer une confiance et une estime de soi trop souvent défaillantes chez nos élèves de lycée professionnel ; de plus, en participant à ce projet, nos jeunes ont, nous en sommes convaincus, vécu cette expérience citoyenne ou l’individu, intégré à une équipe, œuvre pour le bien commun ».

Pour finir, il est à noter que le projet péniche, initié peu après la reconstruction d’un lycée réputé difficile, a également eu un effet de cohésion des équipes pédagogiques : par exemple, la professeure de mathématiques, Véronique Purson, s’est particulièrement investie dans le projet, en travaillant avec les élèves sur des calculs permettant la réalisation de hublots ; plus largement, la diffusion et la mise en valeur de l’expérience (affichage dans le lycée, film diffusé lors de journées portes ouvertes ou de regroupements d’enseignants…) ont été le point de départ d’autres initiatives : le projet péniche était la preuve qu’une pédagogie du projet était réalisable, et a donc incité d’autres équipes à initier de nouveaux projets.

Quant à « La Walde », la péniche maintenant rénovée, elle accueille une quinzaine de personnes qui, après un accident de la vie, travaillent à leur reconstruction avec l’aide de l’association « Au fil de l’eau » …