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Portrait

Prix Jean Renoir

Vincent Philippe Proviseur Cité scolaire Jean Renoir – Bondy (93)

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Interview

n°120 - Décembre 2012


Prix Jean Renoir

Vincent Philippe Proviseur Cité scolaire Jean Renoir – Bondy (93)

Certains diront qu’il s’agit d’une action culturelle de plus. Peut-être vont-ils ajouter qu’il serait bien d’apprendre à nos élèves à écrire et à compter plutôt que faire des projets.

Et pourtant, je vais défendre le point de vue d’une équipe de professeurs qui a su mobiliser des élèves dans leurs apprentissages en les faisant entrer dans un projet exigeant : le Prix Jean Renoir.

Ce prix, officiellement ouvert le mercredi 24 octobre 2012 dans notre établissement, anciennement Prix lycéens du cinéma, est d’ailleurs une invention de collègues du lycée Jean Vilar de Meaux, dont la passion a entraîné un travail de création et de conception d’un trophée par les équipes et les élèves du lycée du Gué à Tresmes du Congis-sur-Thérouanne.

C’est important de rappeler que les professeurs sont aussi des créateurs et des passeurs. C’est important aussi de dire qu’un établissement c’est une somme d’énergies et de compétences qui inventent et innovent pour mieux accompagner les élèves.

Car, au-delà du Prix, il faut s’attarder d’abord sur la confiance que l’École peut faire à des élèves dont la candeur, la rudesse, la fraîcheur, la maturité, la spontanéité, la pudeur seront les meilleures armes pour favoriser une ouverture d’esprit et une liberté dont les adultes se privent souvent.

Il n’y a pas de jeunisme démagogique dans mon propos. Simplement l’observation que la pédagogie reste un outil dont il faut abuser pour éveiller, non pour endormir.

Le Prix Jean Renoir construit des éléments symboliques des cultures et des ignorances qui ont un devoir : interroger les huit films du concours. Car des verbes sont nombreux à construire l’expérience de la découverte : entendre, voir, se situer, faire, défaire, apprécier, juger, représenter, transmettre, créer, réfléchir, interroger… Et ils disent combien l’éducation artistique fonde la formation de l’individu et sa relation aux autres.

Quelle fenêtre finit par ne pas être un miroir ? Quelle liberté peut-on éprouver à regarder, avec conscience, un monde dont on devient un acteur ? Quelle responsabilité que celle d’être une conscience libre ?

Finalement, l’action culturelle est un détour pédagogique dont l’essence est d’être un acte de transmission qui favorise l’émergence d’une intelligence.

Le travail, ici, ne consiste pas à dire son point de vue mais à conduire les élèves à construire ensemble un argumentaire dont la qualité du propos sera de justifier un choix : leur film préféré.

Pour cela, il aura fallu aller au cinéma, entrer au Trianon à Romainville parfois pour une première séance et, loin des paillettes, loin des zappings qui usent l’attention, se mettre en écoute d’un autre qui à travers sa lecture d’un scénario, à travers sa mise en scène, à travers ses techniques va dire quelque chose. Mais quoi ?

Les élèves de la cité scolaire Jean Renoir, parce que ses personnels croient, comme d’autres collègues, que la richesse du partage vaut mieux que le repli, vont collaborer. De l’éveil collégien à la compétence de l’élève de terminale qui a capturé le lancement du Prix, chacun va investir un rôle et jouer un scénario (« le Prix Jean Renoir ») dont le résultat pourra faire penser que le cinéma a été le révélateur d’un parcours de vie.

Les élèves, rendus actifs, vont, par exemple, devenir critiques, et rédiger des textes dont l’argumentation mettra en avant, certes leur perception d’une œuvre, mais aussi des jugements. Ce travail d’allers-retours entre la matière scolaire et la production cinématographique, ici donnée comme objet d’étude, permet de pasticher des métiers qui usent du point de vue pour interpeller l’opinion. Les acteurs de cette imitation ne proposent pas un ersatz de culture ; ils créent, au contraire, un légitime droit à la conviction. Acteurs, ils se débarrassent peu à peu du poids des certitudes.

Et le jury, cette classe de 2e Option cinéma va découvrir que le Cinéma est, au-delà des compétences acquises au long de ce chemin, une école de tolérance et de mémoire.

Deux devoirs qui fondent une citoyenneté responsable.